Demi-vie

Aram Kebabdjian et Stéfane Perraud

La terre entière est une grande ruine, où les animaux séjournent comme des fantômes, les hommes comme des esprits…”
Schelling, Clara (1810-1811).

Dans un avenir incertain, une forêt bleue, merveilleuse et effroyable, est implantée au-dessus d’un site d’enfouissement de déchets radioactifs. Entre document et fiction, à l’heure où l’humanité s’interroge sur le destin de ses ruines nucléaires, cette exposition propose une traversée inquiète et fascinée des paysages marqués par l’atome.

Avec Demi-vie, l’auteur Aram Kebabdjian et l’artiste Stéfane Perraud explorent la réalité et l’imaginaire de l’âge nucléaire par le bais d’archives, d’une vidéo sur un futur site d’enfouissement, de mystérieuses sculptures et d’une installation de réalité virtuelle, Zone bleue. Il fallait bien les ressources conjointes du document et de la fiction pour tenter d’appréhender cet irreprésentable que constitue la « demi-vie » des déchets nucléaires, située à quelques milliers d’années de notre temps présent.
Tout se passe comme si nous pénétrions dans un paysage romantique en ruine, celui des étendues sublimes et inquiétantes de Caspar David Friedrich, des lumières brûlantes de William Turner, tout en cheminant dans les méandres souterrains et la lumière aveuglante de la civilisation de l’atome. Demi-vie raconte et imagine tout ensemble la tragédie contemporaine du paysage. L’esthétique du sublime s’écrit ici à l’ère technologique. Comme dans une nouvelle de J. G. Ballard : un tunnel souterrain foré par des machines, un bloc de béton censé abriter des déchets nucléaires sont aussi des architectures archaïques, peut-être issues d’une civilisation disparue. Les temporalités se nouent dans une boucle fascinante et vertigineuse.

Tout finira-t-il dans la forêt bleue d’un conte magique, à l’ombre de montagnes métallifères, où furent découverts les premières traces d’uranium ?

Stéfane Perraud, artiste plasticien des nouveaux médias questionne les apories des sciences et des techniques.
Romancier et dramaturge, Aram Kebabdjian use de la fiction pour augmenter le malaise suscité par le réel. Ils collaborent à des projets de machines fictives et d’expositions où le nucléaire est hanté par ses démons.
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Olivier Schefer
, commissaire de l’exposition Demi-vie, est philosophe et écrivain. Il enseigne l’Esthétique à l’université Paris I. Spécialiste du romantisme allemand, il interroge les résonances contemporaines du romantisme dans le cinéma de science-fiction et de zombies comme dans le champ de l’art contemporain.

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