Terry Riley Annulé

Un des grands inventeurs de la musique du XXe, Terry Riley, est en concert pour un piano solo exceptionnel, dans un écrin de toute beauté.


Nul mieux que Terry Riley ne raconte l’histoire de la musique américaine de l’après-guerre. D’abord immergé dans la scène jazz de la fin des années 1950 (Thélonious Monk, Sonny Rollins) et dans la musique sérielle d’Arnold Schoenberg, Terry Riley a pris le train de l’avant-garde à l’université de Berkeley, où il suit des cours de composition, grâce à ses rencontres avec La Monte Young (avec qui il joue au sein du Theatre Of Eternal Music) ou Pauline Oliveiros (avec qui il monte un groupe de musique improvisé).
Au début des années 1960, il part vivre à Paris, gagnant sa vie comme pianiste de jazz, tout en menant des projets avec Daevid Allen ou Chet Baker. En 1964, il écrit In C, partition incroyable qui deviendra la pierre philosophale de la musique répétitive. La seconde partie des années 1960 est consacrée à un travail autour des bandes magnétiques, à des pièces pour orgue et à une série de concerts de très longue durée, expérience mystique pour Terry Riley qui s’inscrit dans la tradition des cérémonies soufies qui mènent à l’extase. Grâce à La Monte Young, il rencontre John Cale avec qui il enregistre en 1970, Church Of Anthrax, un chef d’œuvre de pop aventureuse qui reste une œuvre maîtresse de sa discographie. Les années 1970 sont importantes pour l’Américain qui découvre la musique et la spiritualité indienne. Il devient d’ailleurs un disciple de Pandit Prân Nath, maître du Kirana, un style de raga de l’Inde du nord. Jusqu’à sa mort, il l’accompagne au tabla ou au chant.
À partir du début des années 1980, Terry Riley enseigne la musique indienne à Oakland, où il rencontre David Harrington, le fondateur du Kronos Quartet, avec qui il entretiendra un long et fructueux compagnonnage.
Depuis plus de quarante ans, Terry Riley construit une œuvre majeure, convoquant la musique orientale et la musique occidentale, l’avant-garde et les traditions ancestrales, comme dans Atlantis Nath, album paru en 2002 où il évoque Robert Wyatt, le Gospel, le jazz, la musique minimaliste et la pop.

Entretien avec Joseph Ghosn, auteur d’une biographie de La Monte Young et fin connaisseur de l’avant-garde américaine, dont Terry Riley fut le fer de lance, il nous éclaire sur son parcours.

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D’où vient la musique de Terry Riley ?
Il a eu une formation musicale assez classique, très jeune, au violon et au piano. Sa rencontre avec La Monte Young lors de leurs études à Berkeley est un événement majeur : ensemble, ils vont découvrir beaucoup de choses, notamment dans le jazz. La Monte Young est un saxophoniste avant d’être un compositeur et s’intéresse beaucoup au jazz, notamment à Coltrane. Ils partagent aussi un intérêt pour la musique indienne. Le contexte de Berkeley à la fin des années 1950, c’est aussi la naissance de la musique expérimentale électronique, qui regarde notamment vers la France et la musique concrète. Au début des années 1960, Terry Riley voyage, passe du temps à Paris et commence à expérimenter avec des bandes. Petit à petit, il arrive à cette idée de répétition qui aboutit à In C, une pièce assez libre que l’on découvre vraiment en 1968 avec sa sortie en disque.
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Peut-on dire que In C est un arbre qui cache la forêt ?
La musique de Terry Riley évolue beaucoup, tout en restant fidèle à certaines caractéristiques : c’est une musique assez tenue, qui joue souvent sur des durées longues. Ce que cache un peu In C, ce sont toutes ses expérimentations autour des bandes magnétiques et de l’orgue électrique, notamment lors de ses All Night Flight, des concerts qui duraient une nuit entière. Là, il jouait des motifs qui étaient copiés sur un magnétophone et repris avec un système d’écho, tout finissant par se superposer. Cette musique – qui vient d’une tradition assez érudite – rencontre un moment dans la société américaine qui est celui du psychédélisme, avec tous ces groupes qui jouent beaucoup sur les effets, sur un aspect « délétère » de la musique, qui s’étale et s’étend. Lui, à partir de motifs assez simples, parvient à capturer cet esprit-là et ce public-là, notamment avec l’enregistrement de In C en 1968, qui est publié avec une pochette assez psychédélique et devient une sorte de tube.

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Au delà du mouvement psychédélique, Terry Riley est une référence importante dans le champ du rock. Comment expliquer cela ?
Sa musique est fondée sur la répétition et donc sur le rythme, le déphasage. Elle est assez accessible et s’appuie beaucoup sur le jeu. C’est une musique qui doit être assez enthousiasmante à jouer tout en ayant l’air « simple », ce qui la rapproche du rock. C’est une musique savante que l’on peut s’approprier. Par ailleurs, Terry Riley est un compositeur mais aussi un musicien. Cela aussi le rapproche du rock : c’est lui qui interprète ses œuvres.


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