Nos serments

• Julie Duclos
Après s’être frottée aux Fragments d’un discours amoureux de Roland Barthes, Julie Duclos continue d’explorer les mystères de l’amour. En s’appuyant sur La Maman et la Putain de Jean Eustache, elle interroge avec Nos serments la possibilité de s’aimer autrement. Une question éternelle à laquelle certains ont répondu de manière brûlante dans les années 70.


Librement inspiré du film culte La Maman et la Putain – avec la tant regrettée Bernadette Lafont –, Nos serments est une aventure collective initiée par Julie Duclos et l’In-quarto, un groupe d’acteurs formés au Conservatoire supérieur d’art dramatique de Paris.
À la genèse de ce spectacle, la redécouverte avec Philippe Garrel du film de Jean Eustache alors qu’il est leur professeur. Avec lui, Julie Duclos regarde autrement le jeu de l’acteur et s’arme pour que le jeu soit vrai et actuel. Puis, plus tard, elle rencontre le metteur en scène polonais Krystian Lupa (dont nous avions accueilli la dernière création, Perturbation, en 2013), qui veille à ce que l’acteur se mette en jeu autrement. Deux façons de travailler, qu’elle envisage avec les comédiens pour monter Nos serments.
Ensemble, ils inventent de nouvelles méthodes pour habiter autrement l’espace scénique. Et c’est ainsi que nous faisons la connaissance d’un « jeune homme qui vit avec une jeune femme et en rencontre une autre, il y a aussi une autre femme, son amour d’avant, et il y a le meilleur ami, confident privilégié de ses amours désordonnés ». Aux jeux des désirs et des amours, les cinq comédiens excellent, relisent l’euphorie post-68 à la lumière de notre époque. Un présent auquel ils aimeraient échapper pour réchapper.

TEASER NOS SERMENTS from In Quarto on Vimeo.

Avec : Maëlia Gentil, David Houri, Yohan Lopez, Magdalena Malina, Alix Riemer

interview de Julie Duclos

Comment avez-vous conçu Nos Serments ?
La première source d’inspiration a été le film La Maman et la putain [de Jean Eustache, 1973]. J’ai mené de nombreuses improvisations avec la bande d’acteurs que j’ai rencontrés au Conservatoire, à partir desquelles est née une trame, que j’ai ensuite élaborée avec un scénariste. Mon travail se nourrit beaucoup des acteurs, et même des êtres qu’ils sont dans la vie, de leurs singularités, leurs rêves, leur imaginaire.
La méthode du metteur en scène polonais Krystian Lupa, avec qui j’ai eu l’occasion de faire plusieurs stages en tant qu’actrice, m’a beaucoup nourrie sur ce point. Il m’a donné des outils précis pour mener les improvisations et pour développer un travail que les acteurs ne font pas seulement pendant le temps de répétition mais aussi en dehors, notamment par des exercices d’écriture. Cela leur permet d’ouvrir en eux un imaginaire sur leur personnage, qu’ils amènent ensuite sur le plateau. C’est une méthode assez singulière, à l’opposé du travail sur le texte et sur la répétition auquel nous a habitués le Conservatoire.


Comment La Maman et la putain et le cinéma en général influencent-ils votre théâtre ?

Je fais souvent dialoguer la scène et la vidéo. On voit dans Nos Serments des images tournées dans Paris, qui amènent un hors champs de la vie des personnages. Ce va-et-vient entre le plateau et l’écran m’intéresse spatialement, parce qu’il peut créer du sens ou une émotion, et aussi pour son influence sur le jeu d’acteur… J’ai eu comme professeur le cinéaste Philippe Garrel (qui m’a d’ailleurs fait découvrir le scénario de La Maman et la putain ), qui nous parlait de dé-théâtraliser le jeu. Comme chez Lupa, ce travail sur la présence de l’acteur produit une vérité de l’instant. Il est placé dans un processus réel et cesse de maîtriser les signes qu’il renvoie au spectateur.
Pour Nos Serments , nous sommes partis du scénario du film : un homme vit avec une femme, et parce qu’ils se disent libres et veulent être libres, il va rencontrer une autre fille et la ramener à la maison. Ce film est ancré dans les années 70, l’époque de la révolution sexuelle, du désir et de l’honnêteté à tout prix… L’idée n’était pas de le reprendre mais plutôt de s’inspirer des personnages, des situations dans lesquelles ils se mettent, et de réfléchir à leurs modes de pensée, pour essayer d’en chercher un équivalent aujourd’hui. Nos improvisations nous ont amenés à nos propres dialogues et à notre propre trame narrative.


Ce rapport à l’intime semble central pour vous, tant dans le sujet que dans le jeu…

Oui, on peut dire que je travaille sur l’intime. Le spectateur est amené à regarder des gens vivre devant lui. Et puis le fait de travailler sur des situations amoureuses et de désir revient à s’intéresser à la coulisse amoureuse. Ici, tout se passe dans un appartement, là où on n’a jamais accès. Comment leur situation s’y vit, entre les utopies et le réel ?

Propos recueillis par Pascaline Vallée

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