TROIS REGARDS SUR L’IMMIGRATION 3/3

L’immigré est-il un extraterrestre ?

Par Guillaume Le Blanc, philosophe

« Trop souvent, l’immigré est vu comme un sujet débarquant de nulle part, faisant intrusion dans un territoire national. Tout se passe comme si l’étranger porte avec lui un statut d’extra-territorialité qui l’éloignerait d’emblée de toute commune humanité partageable. En réalité, l’immigré n’est pas un extra-terrestre mais bien un individu qui a d’abord quitté son chez-soi et fait l’expérience de la migration. Je me propose justement de reconsidérer le parcours d’immigration comme un parcours d’émigration puis de migration. Il en résultera une réflexion sur l’accueil fait aux immigrés. J’essaierai alors, en m’appuyant notamment sur des exemples littéraires, de comprendre en quoi l’immigré tend à devenir un exilé, un sujet doublement en exil, un exilé de son chez-soi et aussi un exilé chez les autres. »

Guillaume Le Blanc est philosophe, professeur de philosophie à l’Université de Bordeaux. Il est membre du comité de rédaction de la revue Esprit et directeur de la collection Pratiques théoriques aux PUF. Son travail porte essentiellement sur la question de la « critique sociale » ; il étudie plus spécifiquement les limites complexes qui distinguent précarité, exclusion, vie décente et normalité. Il a publié sur ce sujet : Les maladies de l’homme normal, (Editions du Passant, 2004) ; Vies ordinaires, vies précaires (Seuil, 2007) ; L’invisibilité sociale (PUF, 2009) ; Dedans, dehors. La condition d’étranger (Seuil, 2010), ainsi qu’un roman : Sans domicile fixe (Ed. du passant, 2004). Il s’apprête à publier en octobre 2011 chez Bayard Que faire de notre vulnérabilité ?

TROIS REGARDS SUR L’IMMIGRATION

Ancien, multiple et complexe, le phénomène migratoire se décline sur plusieurs échelles de compréhension. Échelle mondiale, d’abord : dans le monde globalisé qui est le nôtre, les migrations sont devenues un enjeu planétaire et bousculent les notions de frontières, de souveraineté et de citoyenneté. Échelle nationale ensuite, ces « flux » s’inscrivant dans une réalité politique, culturelle et sociale française, qu’ils contribuent à modifier. Echelle individuelle enfin, « humaine », car les flux dont on parle sont bien des flux de personnes, d’individus acteurs de leur vie, au-delà d’une perception monolithique de « l’immigré » et des politiques du chiffre.
Par ce cycle de conférences, nous avons voulu apporter des éclaircissements, enrichir la réflexion autour de ce très vaste et si sensible sujet qu’est aujourd’hui l’immigration. Et ce en proposant trois « regards », trois approches disciplinaires différentes : historique, géopolitique et philosophique.

En lien avec l’exposition « Nantais venus d’ailleurs, histoire des étrangers à Nantes au XXe siècle », présentée au musée d’Histoire de Nantes du 2 avril au 6 novembre 2011,
qui proposera de son côté :
• Jeudi 13 octobre à 18h30 : 100 000 habitants supplémentaires dans la métropole nantaise de 2030 : une richesse et des défis – Par Thierry Violland, Directeur de l’agence d’urbanisme de la région nantaise (AURAN) et coordinateur de la démarche participative Ma Ville Demain

• Jeudi 20 octobre à 18h30 : Discriminations ethniques et raciales en France : le rôle de l’origine dans les trajectoires sociales par Patrick Simon, socio-démographe
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Photo : DR