Littérature

Le champ du roman est ouvert à toutes les influences : espace de frottement entre imaginaire et réel, pensée et émotion, il tisse des liens qui disent le monde d’aujourd’hui et les grandes questions humaines, intemporelles. À la fois espace intime de rêve et de réflexion, s’emparant plus que jamais de différents langages (texte, essai, dessin, images, langues) il déplace nos visions pragmatiques.
Les écrivains, dessinateurs, lecteurs, traducteurs, universitaires invités de cette saison littéraire viennent nous proposer un espace-miroir de l’époque.

L’engagement littéraire ?
Conférence de Pascal Mougin
On assiste depuis quelques années, en France comme ailleurs, à un retour de la notion d’engagement dans le discours et les pratiques de certains écrivains.
Prenant appui sur quelques textes publiés récemment, Pascal Mougin revient sur les différentes acceptions et les ambivalences du terme, sur les notions voisines de fiction « critique » et de littérature « impliquée », ainsi que sur les relations entre littérature, pensée politique, mouvements contestataires et alternatifs.

Pascal Mougin est maître de conférences en littérature française contemporaine à l’université Paris 3 Sorbonne nouvelle et membre de l’équipe de recherches THALIM « Écritures de la modernité » (Paris 3 / CNRS).

— Mercredi 25 mars à 18h30
— entrée libre

les rendez-vous passés

Lecture de L’amour et les forêts
Par Eric Reinhardt et la comédienne Afra Valdhör
Suivie d’une rencontre avec l’écrivain animée par Alain Girard-Daudon

Bénédicte Ombredanne est enseignante, mère de deux enfants et aime la littérature. Comme le romancier de Cendrillon, elle pense que la littérature a le pouvoir d’embellir la vie. La lectrice, jeune femme en quête d’intensité, de ferveur, de fulgurance, avait voulu le rencontrer pour lui dire combien son dernier livre avait changé sa vie. Une vie sur laquelle elle fit bientôt des confidences au narrateur-écrivain, lui racontant une folle journée de rébellion vécue deux ans plus tôt en réaction aux persécutions de son mari. Une des plus belles journées de son existence, mais aussi le début de sa perte. Le narrateur se fait porte parole de cette épopée dramatique et extraordinaire de la vie ordinaire. David, dans Le système Victoria finissait sa course à l’hôtel de la forêt. Dans ce nouveau roman la lisière de la forêt est le lieu où vit Christian, l’antiquaire rencontré par Bénédicte Ombredanne, symbole d’autres lisières.
Eric Reinhardt signe ici un magnifique portrait de femme blessée. Récit subtil et poignant d’une tentative d’émancipation féminine, L’amour et les forêts (Ed. Gallimard, 2014) est un roman fascinant, travaillé par emboitements textuels, où la volonté et le sentiment d’exister se dressent contre l’avilissement d’une vie empêchée.

Éric Reinhardt, né à Nancy en 1965, est un romancier et dramaturge français. Dans ce registre il a récemment écrit Elisabeth ou l’équité interprété par Anne Consigny et Gérard Watkins. Peintures d’une époque, ses romans mettent en scène, parfois non sans causticité, des personnages de la classe moyenne : Le Moral des ménages (2002, monté au théâtre cette année, interprété entre autres par Mathieu Amalric), Cendrillon (2007) et Le système Victoria (2011), ont rencontré un important succès.

— Mercredi 14 janvier à 18h30
— entrée libre

Conférence radiophonique autour de Dostoïevski
Par Christine Lecerf
« Quand l’idiot parle, que se passet- il ? Qu’est ce qu’un contemporain ? Qu’est-ce qu’un « classique » ? Quand je lis un texte de Dostoïevski, qu’est-ce que j’entends ? J’entends des voix, voix du texte, voix de l’auteur, voix d’autres textes littéraires… »
En 2004, Christine Lecerf rencontre à Vienne l’écrivain et dramaturge Elfriede Jelinek, avec qui elle échange de longues conversations quant à la littérature. De cet échange libre et fructueux naît L’Entretien, publié aux Ed. Seuil en 2007. Quelques mois plus tard sort Un air de famille, essai qui aborde le travail de Thomas Bernhard. Spécialiste passionnée de la littérature autrichienne, Christine Lecerf a étudié l’œuvre de nombreux auteurs comme Robert Menasse, Ingeborg Bachmann, Franz Kafka, Robert Musil ou Ludwig Wittgenstein… En écho à la dernière création de Vincent Macaigne présentée au lieu unique en novembre dernier, Christine Lecerf revient sur l’Idiot de Dostoïevski pour nous proposer un parcours littéraire à travers différents textes et voix d’écrivains.
S’appuyant sur une sélection d’archives sonores de ses nombreux travaux radiophoniques, sa conférence fait se croiser des voix, des ambiances pour une approche à la fois comparée et sensible de la modernité littéraire.

Christine Lecerf est critique littéraire, traductrice, productrice à France-Culture.

— Mardi 27 janvier à 18h30
— entrée libre

Rencontre avec Will Self
Dialogue entre l’écrivain anglais et son traducteur Bernard Hoepffner à l’occasion de la publication en France de Parapluie, suivi d’un échange avec Guénaël Boutouillet
« Un frère s’oublie aussi facilement qu’un parapluie. »
James Joyce
En 1971, le psychiatre Zachary Busner se penche sur le cas d’Audrey Death, une femme âgée internée depuis cinquante ans. Tics, balbutiements, état comateux… son état l’intrigue. Pour éveiller sa patiente, Busner lui administre une drogue proche du LSD. Les effets sont fulgurants. La vieille dame se met à lui raconter sa vie, et emporte le lecteur dans un récit tourbillonnant. On traverse le Londres de 1915, des usines de parapluies, de munitions, des Suffragettes et du socialisme. Et de la Grande Guerre, dans laquelle se perdent les frères d’Audrey, Stanley et Albert. Fasciné par cette histoire qui se dévoile peu à peu, Busner ne reconstituera le puzzle Audrey Death que dans les années 2000. En une jubilatoire collision de récits et d’époques, Parapluie (Ed. de l’Olivier, 2015) déploie un siècle d’histoire populaire et intime, électrisé par un style ébouriffant dont seul Will Self a le secret.

Will Self est né en 1964 à Londres. Ce disciple de J.G. Ballard est considéré comme l’un des plus grands écrivains britanniques de notre époque. Il a notamment publié No Smoking (2009), Le Livre de Dave (2010) et Le Piéton de Hollywood (2012). Parapluie a été finaliste du prestigieux Man Booker Prize 2012.
Bernard Hoepffner, traducteur français de langue anglo-saxonne reconnu, se consacre à l’écriture depuis 1988. On lui doit des textes de Robert Burton, Thomas Browne, Robert Coover, Edmund White, les nouvelles traductions de Mark Twain (
Tom Sawyer, Huckleberry Finn) et de Joyce (Ulysse).

— Mercredi 4 février à 18h30
— entrée libre

KA TA de Céline Minard
Lecture par l’écrivain Céline Minard,
installation performée de la plasticienne scomparo
puis dialogue avec Nathalie Lacroix

Le kata est un entraînement formel dans lequel un sabreur se défend contre des adversaires imaginaires. C’est une chorégraphie de la violence, établie et fixe, minutieusement codifiée, qui doit être exécutée en un temps donné. Encadrés par deux saluts, les douze chapitres de ce livre respectent rigoureusement les douze katas communs aux différentes écoles de sabre japonais. Avec KA TA (Ed. Rivages, 2014), Céline Minard se pose la question de ce qui arrive quand la littérature s’immisce dans la pratique du combat, que l’atmosphère se charge et que l’ennemi imaginaire est soudain incarné.
Bastard Battle revisitait l’imaginaire médiéval. Dans Faillir être flingué, Céline Minard abordait le mythe de l’Ouest américain. Elle admire le Don Quichotte de Cervantès, la nature, les films de Kurosawa, passe facilement de la lecture des philosophes à celle des mangas. Elle pense que la littérature est le lieu de la permission absolue, qui permet de traverser tous les territoires : poétiques, philosophiques, de l’essai, de la fiction, de l’aventure.
Comme toujours dans son écriture, la forme et le motif ne font qu’un. Les codes de l’imaginaire littéraire et extra littéraires utilisés imprègnent la langue et le rythme de la narration, à la fois poétiques, dramatiques, burlesques.

Après avoir étudié la philosophie, Céline Minard publie plusieurs fictions dont R. (Éd. Comp’act, 2004), Le Dernier Monde (Ed. Denoël 2007, Folio 2009), Bastard Battle (Ed. Dissonances avec la graphiste Fanette Mellier 2088/ Ed.Laureli Léo Sheer, 2009 Prix Wepler 2008), Olimpia (Denoël, 2010), So long, Luise (Denoël 2011, Prix Frantz Hessel, Rivages poche 2014), Les Ales, en collaboration avec scomparo (Cambourakis, 2011) et Faillir être flingué (Ed. Rivages, 2013, Prix du Livre Inter 2014). Elle est considérée aujourd’hui comme l’une des voix les plus originales de la littérature contemporaine.
scomparo produit des installations plastiques qui coïncident souvent avec des performances parlées. Elle y invite les grandes figures de l’art sans considération d’époque. Avec Céline Minard elle a entre autres créé
La Conquête de la Pointe Minard (2005-2007) ; Les Ales ; Faillir être flingué, épisode 1, titre partagé avec le roman de Céline Minard. scomparo a «emballé» KA TA et propose en accompagnement de la lecture par l’écrivain, le «déballage» de son univers plastique.
Nathalie Lacroix a créé et dirigé la librairie Le Comptoir des mots à Paris. Elle a créé en 2013 avec Sally Bonn et Lola Créïs Le Bureau des Activités Littéraires qui édite la revue
Numéro zéro.

— Mercredi 18 février à 18h30
— entrée libre

Lecture de La lune dans le puits
Par l’écrivain François Beaune
accompagné à la guitare par Adrien Tronquart,
suivi d’un échange animé par Laurence Vilaine, écrivain

De décembre 2011 à avril 2013, parti en quête « d’Histoires vraies de Méditerranée », en partenariat avec Marseille-Provence 2013, François Beaune a tenu un journal de bord de son périple d’un an dans douze ports méditerranéens, ainsi qu’une bibliothèque évolutive archivant à mesure ces Histoires Vraies sous forme textuelle et audio-visuelle. Ce projet a abouti à la parution de La lune dans le puits (Ed. Verticales, 2013), un recueil agencé, digressé, parasité, expliqué, enchevêtré et indexé par François Beaune lui-même. La lune dans le puits est construit comme une parabole de la vie humaine (de la naissance à la mort).
Par un jeu formel entre ces histoires vraies collectées de manière quasi ethnographique sur un même territoire cosmopolite et le « je » plus émotionnel du romancier, le livre dresse une autobiographie imaginaire et réussit à lier intime et universel.
Le dialogue avec Florence Aubenas portera sur le parallélisme de leurs deux démarches : « Les lecteurs se demandent souvent comment un journaliste choisit ses sujets… Pourquoi cette histoire et pas une autre ? Pourquoi ce village-là ?… Et pourquoi cet homme ?… Écrits et publiés dans Le Monde, où je suis reporter, les textes rassemblés dans ce livre ont en commun d’être nés dans cette zone d’opacité-là, entre des questions et des réponses qui ne coïncident pas. »

Chez Verticales, François Beaune a publié : Un homme louche (2009, Folio, 2011), et Un ange noir (septembre 2011). Un homme louche se partage en deux cahiers, deux époques de la brève existence d’un adolescent précocement interné puis, après une ellipse de vingt-cinq ans, celle d’un adulte quasi normal portant un regard distancié sur son passé et son entourage. Un ange noir se joue des genres, du polar au roman métaphysique. Pour ARTE radio, il a réalisé un reportage : La mécanique des hommes.

— Mercredi 25 février à 18h30
— entrée libre

Quelle littérature graphique ?
Par Jean-Luc Fromental, directeur de la collection Denoël Graphic
Avec : Emmanuel Moynot et Ugo Bienvenu, dessinateurs

Le terme de roman graphique couvre aujourd’hui un champ large de productions dessinées fort différentes les unes des autres (BD, biopics, mémoires, documentaires dessinés…).
La littérature graphique semble connaître son Âge d’or avec ses valeurs sûres et une pléthore de talents ayant du mal à avoir une visibilité auprès du lectorat. Il est souvent difficile pour le lecteur non spécialiste de se retrouver dans la production et pour les jeunes auteurs d’émerger. Dans ce contexte Denoël Graphic (groupe Gallimard/ Flammarion) publie des auteurs comme Alison Bechdel, Crumb, Posy Simmonds, Marcelino Truong et a fait le choix de revenir à la fiction. Dans l’actualité récente de cette collection Emmanuel Moynot vient d’adapter Suite Française, le roman d’Irène Némirowsky (Éd. Denoël, Prix Renaudot 2004), Ugo Bienvenu Sukkwan Island, celui de David Vann (Éd. Gallmeister, 2010).

Jean-Luc Fromental parlera de sa ligne éditoriale chez l’excellente maison d’édition Denoël.
Emmanuel Moynot commence à publier dans les années 80. Tardi le choisit pour lui succéder sur la série Nestor Burma (Casterman). Ses ouvrages développent des atmosphères sombres autour de thèmes profonds souvent politiques (Pierre Goldman, le vie d’un autre, Futuropolis, 2012).
Ugo Bienvenue est formé à l’Ecole Estienne avant d’intégrer la section cinéma d’animation des Gobelins. Il réalise en 2010 son premier court métrage d’animation expérimentale au Californian Institute of Arts de Los Angeles, rejoint en France la société Miyu Productions et multiplie les réalisations. Il travaille actuellement sur un long métrage animé.
Sukkwan Island préfacé par Fabrice Colin est son premier roman graphique.

— Mercredi 4 mars à 18h30
— entrée libre

Rencontre avec Belinda Cannone animée par Bruno Blanckeman

à l’occasion de la parution de Nu intérieur (Éd. de l’Olivier, 2015)
« Elle était exactement faite pour mon désir. Je lui chuchotais Je voudrais vous faire l’amour. Elle rit légèrement, Maintenant ou tout de suite ? »
Un homme amoureux de deux femmes, et que cela ne dérange en rien, quoi de plus banal aujourd’hui ?
Le temps n’est plus où le péché d’adultère inspirait aux coupables les pires tourments – et la littérature ses œuvres les plus incandescentes. Ce texte nous montre pourtant qu’il n’en est rien, et qu’à l’époque de la libération sexuelle, de la psychanalyse et du féminisme, la passion, la jalousie et la mauvaise foi ont encore de beaux jours devant elles. Car c’est bien de passion dont il est question dans ce roman d’analyse. L’obscénité y croise le grand style, les mots crus se conjuguent à l’acuité du verbe, et le désordre des sentiments n’affecte jamais la syntaxe. Comme si les personnages d’un roman de Benjamin Constant et ceux d’un récit érotique s’étaient donné rendez-vous afin de faire plus ample connaissance. Cette confession d’un enfant du siècle – le nôtre – est un des romans les plus brûlants qui se puissent lire en ce moment. Car qu’y a-t-il de plus sexy que l’intelligence ?

Belinda Cannone a publié plusieurs romans dont L’homme qui jeûne et Entre les bruits (Éd. de l’Olivier, 2006 et 2009) et deux récits autobiographiques La chair du temps et Le don du passeur (Stock, 2012 et 2013). Comme essayiste, elle a notamment publié L’écriture du désir et Le sentiment d’imposture (Calmann-Lévy, 2000 et 2005), La bêtise s’améliore et La Tentation de Pénélope (Stock 2007 et 2008).
Elle est maître de conférences en littérature comparée à l’Université de Caen Basse- Normandie. Elle a aussi réalisé des articles pour des revues comme Quai Voltaire, Verso – Arts et lettres, L’Atelier du roman.

Bruno Blanckeman est professeur de littérature française à l’université Paris3- Sorbonne nouvelle.

— Mercredi 11 mars à 18h30
— entrée libre

Variation autour de Le loup des steppes
Lecture par Tanguy Bordage, comédien
Avec : Kevin Laplaige, Coline Barraud et Pierre Bouglé

Écrit en pleine crise sociétale allemande et publié en 1927, Le loup des steppes est le roman le plus connu d’Hermann Hesse, prix Nobel de littérature en 1946. Le mouvement du texte relève d’un astucieux système d’emboîtements narratifs mettant en scène la quête spirituelle et initiatique du personnage.
Chez Harry Haller cohabitent deux forces inconciliables et antagonistes. Ses inclinations les plus intimes le rabaissent à la nature tandis que ses plus ferventes aspirations l’élèvent vers l’esprit. Harry en conçoit une souffrance. Après avoir erré en d’interminables couloirs, il pénètre en un extraordinaire « théâtre magique ». Il découvre sa foi pour les Immortels en un chimérique espace où les égarements n’existeraient plus.
Ce roman touche directement à l’intime, crée un sentiment d’identification chez son lecteur. Mais il a aussi une dimension profondément universelle. C’est cette double lame qui pousse Tanguy Bordage à envisager une re-lecture de l’œuvre. Ou comment exprimer, à partir du roman, sa propre dualité. Prendre les armes données par Hesse pour mener son propre combat.
Animalité vs Spiritualité. C’est ce que tente de faire Mike Tyson, le fameux boxeur, dans son autobiographie. Il est une figure romanesque du monde moderne, un personnage qui accompagnera Harry Haller, le loup des steppes, tout au long de ces aventures revisitées. Une proposition transversale et poétique.

Tanguy Bordage a été formé à l’école de cinéma Les Arts Filmiques en 2004 puis au conservatoire d’art dramatique de Nantes de 2005 à 2007. Il a participé à différents projets théâtraux sous la direction de Hervé Guilloteau, Yves Noël Genod, Nadia Xerri L, Alexi Djakeli et Loik Auffret. Il fonde son collectif, Hall3, en 2011 et entreprend de créer ses propres spectacles. Parallèlement, il écrit et réalise des courts métrages.

— Mercredi 18 mars à 18h30
— entrée libre