Cinéma d’animation

Pour en finir avec les dessins animés !

Carte blanche à Xavier Kawa-Topor

Qui écrira la « contre-histoire » du cinéma et réhabilitera enfin dessins animés, films de marionnettes, de papier découpé et peinture animée ?
Tout ce merveilleux bricolage de l’image par image, cet autre 7e art, méconnu et souvent relégué au catalogue des « films pour enfants »…

Les soirées Pour en finir avec les dessins animés !, proposées par Xavier Kawa-Topor, invitent à redécouvrir le cinéma d’animation indépendant.
De 1908 à nos jours, on y croise des expérimentateurs de génie, des maîtres de l’animation russe et chinoise, les maestros du cartoon et autres dissidents poétiques avec qui l’animation continue d’être aujourd’hui l’un des versants les plus créatifs et les plus libres du cinéma.
Audacieux, subversif, ou tout simplement différent, il offre aussi un autre regard sur le monde dans lequel nous vivons.

Xavier Kawa-Topor est historien, écrivain et directeur de lieux culturels. Spécialiste du cinéma d’animation, il a notamment créé au Forum des images le festival Nouvelles Images du Japon, initié la commémoration officielle du centenaire Émile Cohl, inventeur du dessin animé, à la Cinémathèque française et produit Les Contes de l’Horloge Magique adapté de Ladislas Starewitch.
La résidence qu’il a créée à l’Abbaye de Fontevraud en 2006 a accueilli à ce jour plus de cent réalisateurs, de tous les continents, venus y écrire leur prochain film.

les rendez-vous passés

Révis(it)ons nos classiques
C’est avec un plaisir évident que le cinéma d’animation s’est appliqué, dès les origines, à revisiter les classiques de l’art : à rejouer à sa façon les chefs-d’œuvre de la littérature, de l’opéra et de la musique, à s’immiscer dans les œuvres picturales et cinématographiques pour les révolutionner de l’intérieur.
Voici quelques possibilités de dialogue entre Shakespeare, Rossini, Musset et les maîtres et jeunes talents du cinéma d’animation.

Pinocchio, de Gianluigi Toccafondo
(Italie/France, 1999, peinture animée, 6’)
D’après l’œuvre de Collodi
Pinocchio parvient à dormir dans le ventre d’un requin, à émouvoir un ogre, à mourir et renaître sans cesse dans des espaces parallèles et magiques.

wp-content-uploads-2014-09-anim1.jpgWhat’s Opera, Doc ?, de Chuck Jones
(USA, 1957, 7’)
D’après les opéras de Wagner
« En sept minutes débridées, Bugs Bunny et Elmer Fudd se poursuivent sur la Chevauchée des Walkyries, vivent un duo d’amour porté par le Choeur des pèlerins de Tannhäuser et dansent au rythme de la musique du Venusberg…
Une parodie loufoque non dénuée d’une charge émotionnelle étonnante ».
(Laurent Guido)

wp-content-uploads-2014-09-anim2.jpgLa pie voleuse, de Emanuele Luzzati et Giulio Gianini
(Italie, 1964, 11′)
D’après l’œuvre de Rossini
A la tête d’un régiment de mille soldats, trois puissants rois se mettent en marche pour faire la guerre aux oiseaux. Mais la pie leur donne du fil à retordre…

wp-content-uploads-2014-09-anim3.jpgUne nuit sur le Mont Chauve, de Alexandre Alexeieff et Claire Parker
(France, 1933, n&b, 8’) – Distribution : Cinédoc Paris Films Coop
D’après la pièce symphonique de Moussorgsky
Une série d’expériences d’animation, liées par le thème d’un sabbat de sorcières et la rythmique musicale de Moussorgsky.

wp-content-uploads-2014-09-anim4.jpgUn drame, de Margaux Duseigneur
(France, 2011, 3’13)
Librement adapté d’une nouvelle d’Anton Tchekhov
Pavel Vassilievitch est écrivain. À contrecœur il laisse entrer chez lui Mlle Mourachkina, toujours postée derrière sa porte, impatiente de lui lire l’interminable drame qu’elle vient d’écrire.

wp-content-uploads-2014-09-anim5.jpgNext, de Barry Purves
(Grande-Bretagne, 1989, 5’15)
William Shakespeare, seul sur une scène vide, passe une audition capitale devant le metteur en scène Peter Hall qui semble l’ignorer.

wp-content-uploads-2014-09-anim6.jpgLes Noces de Viardot, de Jean Rubak
(France, 1999, 7’)
D’après une lettre d’Alfred de Musset Paris, 1840. Louis Viardot et le poète Alfred de Musset se disputent l’amour et les faveurs d’une jeune et jolie cantatrice. Mais George Sand saura mettre fin à ce suspense amoureux.

wp-content-uploads-2014-09-anim7.jpgLe Sujet du tableau,, de Georges Schwizgebel
(Suisse, 1989, peinture animée, 6’)
Grâce au peintre qui brosse son portrait, un vieil homme retrouve la jeunesse et voyage d’un tableau à l’autre, croisant une inconnue en rouge qu’il finira par retrouver.

wp-content-uploads-2014-09-anim8.jpg— mercredi 8 octobre à 20h
— entrée libre

Tous nos remerciements à Gianluigi Toccafondo, Barry Purves et l’École Émile Cohl.

Québec : Vive l’animation libre !
Le Québec occupe une place de choix sur la carte du monde du cinéma d’animation : elle la doit pour beaucoup au rôle déterminant qu’y joue, depuis les années 1960, le studio d’animation de l’Office National du Film. Impulsée par le réalisateur et théoricien Norman McLaren, cette aventure originale, orientée vers l’expérimentation artistique, a fait de l’ONF un laboratoire de création sans équivalent où ont été produits certains des courts métrages les plus marquants et novateurs du demi-siècle passé : ceux de Norman McLaren bien sûr, mais aussi d’autres artistes immigrés ou invités au Canada : Alexandre Alexeïeff, Co Hoedman, Caroline Leaf, Paul Driessen ou plus récemment Georges Schwitzgebel, Kôji Yamamura…. Leur apport a été déterminant pour la formation de plusieurs générations de réalisateurs québécois. Au côté du géant Frédéric Back, dont les chefs-d’œuvre comme « Crac » ou « L’Homme qui plantait des arbres » ont été produits par Radio Canada, les œuvres de Pierre Hébert, Jacques Drouin, Michèle Cournoyer, entre autres, font aujourd’hui référence. Au cours des dernières années, a éclos, sur ce terreau fertile, une pléiade de jeunes réalisateurs de talent qui explorent les voies originales d’un cinéma d’auteur, fidèles en cela à l’esprit expérimental des origines. Cette nouvelle floraison est à découvrir autour de 7 films réalisés dans les années 2000 et 2010.

Op Hop-Hop Op, de Pierre Hébert
(1966, 3’30)
Ce film, réalisé au moyen d’une série de vingt-quatre images positives et négatives présentées de façon chaotique ou selon un mode de composition méthodique, soumet l’oeil à un flot continuel et violent d’images; il tente aussi de polariser l’ activité mentale et perceptive du spectateur pour le jeter ensuite dans un état de méditation.

Pierre Hébert, né en 1944, commence à faire des films d’animation pendant ses études d’anthropologie. Il rencontre Norman McLaren, chef de file du cinéma canadien d’animation, qui l’encourage à poursuivre une expérience originale : la gravure directe sur pellicule, qui restera la « marque » de Pierre Hébert pendant près de 40 ans.

Flux, de Chris Hinton
(2002, 7’30)
Sur fond de nuages noirs, la vie d’une petite famille en accéléré. Des crises, des instants de tendresse, divers incidents ponctuent son quotidien. Le temps passe, et comme la mémoire humaine, le film retient surtout les moments beaux et importants…

Christopher Hinton, né en 1952, se consacre au film d’animation depuis longtemps déjà. La plupart du temps, il dessine, écrit, réalise et produit ses œuvres lui-même.
flux.jpgLa Formation des nuages, de Marie-Hélène Turcotte
(2010, 10’)
Évocation délicate et sensible de la naissance du désir et de l’enfance comme territoire intime et fragile, ce court métrage suit les pas d’une jeune fille au cœur d’une transformation. Par la simplicité du dessin et la grâce d’effets de superpositions, Marie-Hélène Turcotte nous offre un poème visuel qui se joue des frontières entre réel et imaginaire.

Marie-Hélène Turcotte, née en 1971, s’attache à expérimenter différents modes d’expression, avec le dessin comme ancrage principal pour traduire en images ses observations sensibles et poétiques du quotidien.
nuages.jpgCorps étrangers, de Nicolas Brault
(2013, 4’)
Exploitant l’animation de peinture de lumière (video lightpainting), Corps étrangers s’inspire du mythe du « corps transparent » véhiculé par l’imagerie médicale moderne (CT, IRM, cryosection) pour faire vivre au spectateur le sentiment d’étrangeté que peut parfois lui inspirer son propre corps.
Prix du film « Off-limits », festival d’Annecy 2014. Ce film a été écrit en résidence à l’Abbaye de Fontevraud.

Nicolas Brault, né en 1975, est diplômé de l’université du Québec (Montréal). Filmographie sélective : Hungu (2008), Le Cirque (2010).

Dimanche / Sunday, de Patrick Doyon
(2011, 9’50)
L’histoire d’un jeune garçon qui, pour chasser son ennui du dimanche, place des pièces de monnaie sous le passage du train. Son expérience prendra toutefois une étonnante tournure.

Patrick Doyon, diplômé de l’Ecole de design de l’université du Québec à Montréal, est aussi illustrateur.
dimanche.jpgGloria Victoria, de Théodore Ushev
(2012, 6’58)
Gloria Victoria se déploie sur les décombres encore fumants de la furie du 20e siècle. Du front russe à la révolution chinoise, de Dresde à Guernica, les grands oiseaux noirs survolent les charniers tandis que les vampires et les faucheuses s’avancent au son d’un boléro tiré de la Symphonie Leningrad de Chostakovitch. Le cinéaste Theodore Ushev s’impose une fois de plus en virtuose du collage et du recyclage, et convoque ici le surréalisme et le cubisme pour orchestrer un éclatant cauchemar pour la paix.

Théodore Ushev, né en 1968, diplômé de l’Académie nationale des arts de Sofia (Bulgarie), s’installe à Montréal en 1999. Gloria Victoria constitue le troisième volet d’une trilogie sur les relations entre l’art et le pouvoir.
gloria.jpgNuit d’orage, de Michèle Lemieux
(2003, 9’50)
Sous l’orage qui menace, une petite fille réfléchit, la nuit, à voix haute. Elle interroge le monde et s’interroge elle-même. Michèle Lemieux explore ici la pensée de l’univers, sans concession ni réponse.

Peintre et illustratrice, Michèle Lemieux enseigne depuis 1982 les arts plastiques à l’université de Montréal.
orage.jpgRosa Rosa, de Félix Dufour-Laperrière
(2008, 8’40)
Un homme et une femme se souviennent : peu avant que la guerre n’éclate, ils se sont rencontrés et ont fondé une famille. Ils parlent des privations que la guerre leur a imposées, de la naissance et des premières années de leur fille, d’un accident de travail qui a fait perdre la vue à l’homme. Un film sur la vie, ses hauts et ses bas, ses peurs et ses joies.

Félix Dufour-Laperrière, né en 1981, a suivi des études sanctionnées par un « Baccalauréat en beaux-arts » spécialisé dans le dessin animé à l’Université Concordia. En plus de son activité de producteur, scénariste et réalisateur, il préside l’organisation « Noir sur Blanc Animation », qui se consacre au soutien financier, à la production et à la diffusion de films d’animation.
rosa.jpg— Jeudi 15 janvier à 20h
— entrée libre