Édito
Hune ou épaules de géants : on voit plus loin depuis les hauteurs.
Nantes connaît bien les formes titanesques. Avec mon passage à l’Ouest, j’emboîte le pas à un Jean Blaise à la foulée audacieuse sur la belle voie qu’il a tracée pour le lieu unique, cette fabuleuse boîte à outils destinée à produire de l’imaginaire, passée avec bonheur de l’industrie pâtissière à la manufacture culturelle.
La tour LU est le vibrant symbole de la position privilégiée du lieu unique, campé à la porte de l’Atlantique (Nantes, après tout, est au milieu du monde, selon une rumeur de géographe) : poste de guet des expressions artistiques émergentes, observatoire d’un réel transposé par ceux qui se l’approprient (chorégraphes, plasticiens, metteurs en scène, philosophes, auteurs, musiciens…), mais aussi camera obscura d’univers intimes donnés à voir sous des formes décalées, magnifiées.
À la croisée des savoirs et des pratiques, la saison 2011-2012 continue à prôner le décloisonnement des esprits, l’hybridation des formes, le refus du culturellement correct, l’exploration des espaces interstitiels et marginaux (car c’est, comme le dit Jean-Luc Godard, la marge qui tient la page), la rencontre du poétique et du politique, la balade sur les chemins de traverse de la création, à la recherche de lieux peu communs.
Cette utopie au quotidien s’accomplit en faisant rejaillir l’art sur la cité (Global Rainbow), bricolant avec le patrimoine (Cabo San Roque, Locus Solus), ouvrant les écoutilles (Soirées curieuses, Labo utile), croisant les médias (Quartier lointain), secouant les genres (Gardenia), assumant son héritage (Les enfants du rock), bousculant les classiques (Au moins j’aurai laissé un beau cadavre, La belle peinture est derrière nous), se souvenant des références (Daphnis é Chloé), faisant preuve de déférence (Patti Smith), enjambant des frontières (Sylvain George), arpentant les confins (Daniel Johnston, Un week-end singulier), embrassant l’actualité (Alexis), regardant le monde à l’envers (Hans was Heiri, Rhizikon), percutant dans l’urgence (Salves), questionnant le familier (Urbik/Orbik), humant le terreau local (Utopik, Un bateau pour les poupées), réenchantant le quotidien (Horizøne, Magie nouvelle), retrouvant le souffle de la grande aventure (Le Voyage à Nantes).
Sur sa lancée, le lieu unique fait son chemin singulier mais non solitaire, au vu des nombreux camarades de route, anciens et nouveaux, qui le soutiennent, l’habitent, l’animent : collectivités, artistes, associations, partenaires, publics. Cette année encore, c’est en leur compagnie et la vôtre que les amarres sont larguées.
Les mains sont fermement accrochées au bastingage du réel mais l’âme reste vagabonde. Ayant choisi de n’avoir pour guide que les étoiles, l’équipe du lieu unique vous souhaite de beaux voyages, à Nantes et Ailleurs, et la bienvenue chez vous.
Patrick Gyger