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Cinéma documentaire

janvier - mars 2017
cinéma documentaire entrée libre

La production du cinéma documentaire de création ne cesse de se développer. Ces œuvres, extrêmement diverses par leurs regards, leurs écritures, nous confrontent au monde et à ses réalités, proches ou lointaines, intimes ou universelles.
Même si de plus en plus de films documentaires bénéficient d’une sortie en salles, nombre d’entre eux ne sont encore visibles que dans les festivals. Aussi, depuis plusieurs années, tentons-nous régulièrement de faire découvrir des œuvres peu diffusées, en invitant le réalisateur, quelqu’un de son équipe ou un critique à venir échanger avec le public.
Jeudi 12 janvier à 20h30
East Punk Memories * de Lucile Chaufour
(France, Hongrie, 2013, 1h20, Prix des Jeunes au festival Cinéma du Réel)
Projection suivie d’une discussion avec Éric Tandy

Constitué d’archives Super 8, d’interviews et de vues de Budapest, le film East Punk Memories s’articule autour de la parole de douze anciens punks. À la fin des années 80, ils exprimaient leur colère contre le régime et attendaient avec espoir le changement du système. Vingt ans plus tard, que sont-ils devenus ? Résurgence du nationalisme, sauvagerie du capitalisme, confusion des visions politiques de la droite et de la gauche, comment vivent-ils la crise actuelle ?

Après des études aux Arts Décoratifs de Paris, Lucile Chaufour participe, dans les années 90, au développement de la télévision interne de la Maison d’Arrêt de la Santé et anime un atelier vidéo dans un hôpital psychiatrique parisien. Elle joue dans de nombreux groupes de rock et de jazz et crée le label musical Makhno Records qui permet à plusieurs groupes punk-rock interdits en ex-république socialiste de Hongrie de diffuser leur musique. Son premier long métrage, Violent Days (2009), a remporté le Grand Prix du long métrage français au festival EntreVues de Belfort. Elle finit actuellement l’écriture d’un long métrage de fiction, Gas Gas, qui se déroule dans le milieu de la moto de course.

Parolier du groupe mythique de punk rock rouennais des années 70, Les Olivensteins, Éric Tandy a été journaliste pour la presse musicale comme Rolling Stone, Rock&Folk et à Radio France. Depuis cinq ans il est impliqué dans le projet PIND, la collecte et la mise en place d’archives sur le Punk français, soutenu par le CESR (Université François-Rabelais/CNRS) et THALIM (CNRS/ENS/Université Paris 3). Il donne aussi des conférences à la Philharmonie de Paris dans le cadre du colloque international et interdisciplinaire « Une histoire de la scène punk en France, 1976-2016. »

Doc à LU – Focus sur le cinéma allemand
Notre panorama du cinéma documentaire allemand se poursuit avec Philip Scheffner, réalisateur d’un cinéma politique d’investigation et de réflexion qui a l’art d’entremêler les histoires et qui, dans ses films, « met en œuvre une pensée politique qui opère une redistribution entre ce qui est manifeste et ce qui ne l’est pas ». Philip Scheffner aime enquêter, rechercher les preuves. Révision peut se lire comme la reconstitution d’un procès mais c’est surtout une réflexion sur le souvenir et la vérité ; The Halfmoon files est une recherche sur des destins oubliés. « Un film sur les lacunes, les omissions et la construction de l’histoire. » Autre grande figure du cinéma documentaire allemand, Thomas Heise, né en Allemagne de l’Est, qui a commencé à filmer dans les années 80 et dont les œuvres livrent un ensemble de témoignages permettant de mieux comprendre une époque et une société. Nous montrerons son film le plus célèbre, Material, film d’archives, sans commentaire ni contextualisation. Enfin, pour clore ce cycle, et en lien avec notre week-end philosophique Les Rencontres de Sophie, dont le thème cette année est La fin du travail ?, nous montrerons cette fois une première œuvre, celle d’une jeune réalisatrice partie filmer les dernières semaines d’un magasin de bricolage qui doit fermer ses portes.

Jeudi 26 janvier à 20h30
Révision de Philip Scheffner (2012, 106’)
Présentation du film et discussion, à l’issue de la projection,
avec le réalisateur Jürgen Ellinghaus

Allemagne de l’Est, 22 juin 1992. Un paysan découvre deux cadavres dans un champ de maïs, près de la frontière germano-polonaise. Deux citoyens roumains tués par des chasseurs en essayant de franchir la frontière européenne. Se peut-il que les deux tireurs les aient vraiment confondus avec des sangliers ? Quatre ans plus tard, le procès s’ouvre. Verdict ? Acquittés. 19 ans après les faits, le documentariste Philip Scheffner décide de mener sa propre enquête et part à la rencontre des familles des victimes, qui n’avaient pas été entendues au moment des faits.

Révision

Philip Scheffner vit à Berlin, où il travaille en tant qu’artiste et cinéaste. 1992-2000, il est membre du groupe d’auteurs Dogfilm qui produit des films diffusés dans le cadre d’installations d’art vidéo ou à la télévision. En 2001, il fonde avec Merle Kröger la plateforme de production Pong. Parmi ses films : The Halfmoon Files (2007), Le jour du moineau (2010), Havarie (2016). Durant 10 ans, Jürgen Ellinghaus travaille en tant que chroniqueur radio, producteur et auteur de documentaires radiophoniques. Après un passage par ARTE Strasbourg, il est, de 1997 à 2004, chargé des programmes allemands de la chaîne Planète. Il réalise son premier film documentaire en 2005, La Lettre scellée du soldat Doblin (avec Hubert Ferry) puis, en 2010, La Croix et la Bannière. Son projet documentaire actuel porte sur un chapitre méconnu de l’histoire coloniale euro-africaine et de son cinéma.

 
mercredi 8 février à 20h30
The Halfmoon Files * de Philip Scheffner
(2007, 87’, Prix des Médiathèques au FID Marseille 2007)
Projection suivie d’une discussion avec Christa Blümlinger

Un travail expérimental de recherche sur les corrélations entre politique, colonialisme, science et médias, basé sur des documents sonores ou visuels laissés par des prisonniers de guerre indiens et nord-africains du « Camp de la Demi-Lune » près de Berlin, durant la Première guerre mondiale. “ Il était une fois un homme… ”. Mall Singh prononce ces mots. Qui est-il ? Un soldat des Indes, enrôlé avec d’autres alliés venus des colonies aux côtés des troupes françaises durant la Première Guerre Mondiale, puis fait prisonnier par l’armée allemande. Spécimen au milieu d’autres, il a parlé à l’intérieur d’un pavillon de phonographe et sa voix s’est trouvée enregistrée le 11 décembre 1916 à Wünsdorf, ville proche de Berlin. 90 ans plus tard, et des craquements en plus à l’audition, Mall Singh apparaît, simple numéro sur un vieux disque Shellac au rayon des archives. L’une parmi des centaines de voix de soldats. Débute alors une enquête pour retrouver trace d’un corps derrière cet enregistrement fantomatique. Mais le fil de cette recherche est tout sauf le plus court, ni le plus net. Il dessine, fait de bien des méandres, l’univers étrange des représentations coloniales qui lentement émerge, et avec lui ses bizarreries, ses improbables rationalités.

Christa Blümlinger, maîtresse de conférences en études de cinéma à l’Université Paris 8, publie comme critique dans des revues d’art contemporain et dans des revues de cinéma en Autriche, en Allemagne et en France. Ses recherches portent notamment sur des questions d’esthétique du cinéma d’essai, du documentaire, du cinéma d’avant-garde et de l’art des nouveaux médias. Elle est l’auteur, entre autres, de Cinéma de seconde main. Ésthétique du réemploi dans l’art du film et des nouveaux médias (Klincksieck, 2013).

 
Dimanche 19 mars à 15h30 / en deux parties avec entracte et Kaffee Kuchen
Material * de Thomas Heise (2009, n&b+coul, 2h44,
Grand Prix de la Compétition internationale au FID Marseille)

Une réflexion personnelle sur l’histoire de l’Allemagne contemporaine, à partir d’images filmées par l’auteur, dans les années 80, en RDA.
« Cela commence par des rires d’enfants. Des images de la fin des années 80 en RDA à l’année 2008, en Allemagne. Ces images résiduelles sont piégées dans ma tête, se réassemblant constamment pour créer de nouvelles formes qui s’éloignent de plus en plus de leur sens originel et de leur fonction. Elles sont en mouvement. Elles forment une histoire. La matière reste incomplète. Cela consiste en ce à quoi je me suis toujours rattaché, ce qui est toujours resté important pour moi. C’est mon image. » Thomas Heise « (…) L’espace de Material est délimité : qu’est-ce que documenter un pays en pleine mutation, comment articuler cette matière éparse, que reste-t-il de l’avant 89, des espoirs de l’après ? Que faire de ces images « résiduelles » ? Rien n’est expliqué directement, hormis quelques rares commentaires du cinéaste ou la musique élégiaque et mélancolique de Charles Ives. Heise laisse les situations dans leur intensité : ainsi d’une émeute de jeunes encagoulés aujourd’hui, de l’immense foule défiant les autorités sur Alexanderplatz fin 1989, du metteur en scène Fritz Marquardt menant collectivement un travail de préparation pour la mise en scène de Germania Mort à Berlin d’Heiner Müller ou des restes aujourd’hui du Palais de la République désossé. » (Nicolas Féodoroff)

Thomas Heise, né en 1955, est l’une des grandes figures du cinéma documentaire est-allemand. Il se dirige d’abord vers le théâtre. Entre 1975 et 1978, il intègre les studios de la DEFA (studio d’Etat de la RDA spécialisé dans les courts métrages et le genre documentaire). À la suite de cette expérience il entreprend des études cinématographiques à l’Université Konrad Wolf de Potsdam Babelsberg. En 2002, Les états généraux du film documentaire de Lussas lui consacrent une rétrospective qui offrira une première visibilité de son œuvre en dehors des frontières germanophones.

 
Mardi 21 mars à 20h30 /
dans le cadre des Rencontres de Sophie, La fin du travail ? (24-26 mars)
Hier Sprach der Preis (The Price was Key) de Sabrina Jäger
(2014, 72’, Prix spécial du public au 7e festival Filmer le travail de Poitiers, 2016 ;
Prix des Bibliothèques au festival Cinéma du Réel 2015)

Sur un ton tragi-comique, Sabrina Jäger raconte les derniers jours d’un grand magasin de bricolage qui va fermer.

Hier-sprach-der-Preis

« Tout doit disparaître » : jamais panneau n’a été plus impérieux. Informée que la chaîne allemande de bricolage Praktiker ferme définitivement, la réalisatrice part filmer les dernières semaines du magasin sis dans sa ville natale, Bruchsal. L’une des deux caissières, Marina, arrange les fleurs près du signe « Fermé » comme elle disposerait des pots de chrysanthèmes. Nul besoin de carton explicatif puisque toute la titraille, ici, revient à Nigel, le spécialiste britannique du discount appointé spécialement. Les employés restants sont priés de couler avec le navire, pas encore déserté par des clients pour qui la fermeture est une bonne affaire de plus. Scandée par le jingle guilleret diffusé sans relâche et émaillée par les fautes d’orthographe que Nigel fait sur chaque écriteau, la comédie tient aussi à la façon dont le lieu se vide puis s’autodévore quand des ouvriers en éventrent les rayonnages – un sursaut d’action qui défie la dépression. Mais ce compte à rebours avant la fermeture dépasse la chronique cocasse. » (Charlotte Garson)

Sabrina Jäger, née en 1984, cofonde en 2012, la société de production Jäger/Weiner, basée à Heidelberg. Hier Sprach der Preis est son premier film.

*en partenariat avec l’association Mire

illustration : François Olislaeger Mire Goethe Institut
les rendez-vous passés

Doc à LU – Focus sur le cinéma portugais
Doc à LU met à l’honneur la singularité poétique du cinéma portugais, en partenariat avec La Boîte Carrée (www.laboitecarree.blogspot.com) qui rentre d’une tournée de festival itinérant de courts métrages. Soirée de clôture pour le festival, mais poursuite du voyage au cœur des terres lusophones…
Sous des angles différents, les films offrent un regard sensible sur le pays ou ses anciennes colonies, sur sa révolution, sur la crise sociale qu’il traverse, sur l’engagement des artistes…

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Sons do Rural
de
Tiago Dias dos Santos
(2013, 24’, vostf)
À partir du projet Divina Sonus Ruris réalisé en avril 2013 dans les villages de Sul et Macieira, le film amène une réflexion sur les résidences d’artistes en milieu rural, l’échange des expériences et des connaissances entre la communauté et les artistes, et les résultats de cette interaction.

Sonsdorural

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Da Meia-Noite pro Dia
de
Vanessa Duarte
(2014, 24’, vostf)
En sélection officielle au Doc Lisboa 2014
En présence de la réalisatrice

La ville de Covilhã, sorte de « Manchester portugais », a été l’une des scènes principales de l’industrie lainière,
de sa prospérité et de son déclin. Le film de Vanessa Duarte est né d’une nécessité de transmettre les histoires des travailleurs, encore très présentes dans la mémoire collective de cette région, pour qu’elles ne sombrent pas dans l’oubli. La réalisatrice, par son travail sur la photographie et la lumière, fait ressortir la beauté de ces lieux désertés.

DaMeiaNoite

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Que dia é hoje ?
du
Collectif des jeunes de Montemor-o-Novo
(2015, 13 ‘, vostf)
Les jeunes de Montemor-o-Novo ont enregistré pendant deux mois les témoignages d’une autre génération. L’animation documentaire retrace ce voyage dans la mémoire de 40 ans de dictature et 40 autres dans une fable démocratique. La lutte pour les droits a basculé progressivement dans l’illusion d’une monnaie contrôlée et dans la surconsommation qui anesthésie et manipule la société actuelle…

QUEDIAEHOJE

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Iec Long
de
João Rui Guerra da Mata, João Pedro Rodrigues
(2014, 31 ‘, vostf)
En compétition internationale
courts métrages au Cinéma du Réel 2015
« Cela commence comme un bouquet sonore et lumineux : l’éclat jubilatoire du Nouvel An chinois, ses pétards et ses feux d’artifices. Aux séquences actuelles (…) succède bientôt la palpitation plus lente du passé. (…) Dans l’entre-deux-guerres, sur l’île de Taipa à Macao, l’industrie du pétard était aussi dangereuse que lucrative. (…) Si la manufacture de Iec Long n’a fonctionné que de 1923 aux années 1970, ses murs sont encore debout et sa mémoire vive toujours à demeure. (…) Photos, films d’archives, figurines : différents régimes d’image et de parole font converger retour sur l’enfance et passé colonial ». (Charlotte Garson)

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— Mercredi 5 octobre à 20h30 / ENTRÉE LIBRE


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Doc à LU – Focus sur le cinéma allemand n°1

La richesse de la création cinématographique allemande est indéniable. Le documentaire n’est pas en reste, avec une production importante, des documentaristes reconnus (Volker Koepp, Thomas Heise, Harun Farocki, Philip Scheffner pour n’en citer que quelques-uns) qui nous livrent une vision souvent politique de l’Allemagne contemporaine. Pour ce premier rendez-vous de la saison, nous vous proposons de découvrir un film du réalisateur Volker Koepp. Celui-ci, depuis 40 ans, « arpente la Sarmatie, un territoire mythique entre la Baltique et la mer Noire, une zone politique sensible entre l’Est et l’Ouest du continent européen qui a vu ses frontières bouger au gré des guerres, des occupations qui ont jalonné le XXe siècle » (Annick Peigné-Giuly).

Mardi 15 novembre à 20h / entrée libre
Dans le cadre du Mois du Film documentaire

Cette séance est proposée en partenariat avec le Goethe-Institut et le festival Univerciné allemand qui se tiendra du 8 au 14 novembre au cinéma Katorza de Nantes.
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M. Zwilling et Mme Zuckermann
de Volker Koepp
(1999, 126’)
Grand Prix au festival Visions du Réel 1999 – Nyon
Présentation du film et discussion, à l’issue de la projection, avec Pierre Gras,
enseignant en cinéma, spécialiste du cinéma allemand contemporain, auteur de GoodBye Fassbinder ! Le cinéma allemand depuis la réunification (éd. Jacqueline Chambon/Actes Sud, 2011)

Chaque soir, M. Zwilling et Mme Zuckermann se retrouvent pour échanger leurs souvenirs. Ils font partie des derniers juifs de Tchernowitz, une ville ukrainienne qui appartenait à l’Empire austro-hongrois jusqu’à la Première Guerre mondiale. Elle fut ensuite roumaine puis soviétique, occupée par les nazis puis à nouveau par les Soviétiques, et enfin ukrainienne. La moitié de sa population était juive, qui fut déportée dans les camps en 1941. Deux témoignages pétris d’humour et de tristesse.

« Parti faire un documentaire sur cette ville si particulière et l’un de ses plus illustres natifs, le poète Paul Celan, Volker Koepp rencontra ses « héros » presque par hasard. Sa caméra en est restée sidérée : leur dignité, leur humour, leur tristesse, leur mémoire surtout, devinrent le centre du film ». (Télérama)

HERRZWILLING