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Dans son discours du 29 avril 2007 Nicolas Sarkozy fustige l’héritage de mai 68. La pensée anti-68 n’est pas nouvelle, elle s’est déjà exprimée dans les années 80, notamment dans le livre écrit par Alain Renaut et Luc Ferry, « La Pensée 68 ».
40 ans après, faudrait-il envoyer aux oubliettes tous les changements profonds qui se sont opérés dans notre société, illustrés par les fameux événements ? L’héritage serait-il à ce point négatif ? Et qu’en pensent aujourd’hui les enfants de 68 ? La forme de naïveté, l’élan, la joie qui ont permis la révolte, existent-ils aujourd’hui ?
Nuit 68 n’est pas une commémoration ni un rassemblement nostalgique de soixante-huitards, plutôt quelques aperçus de l’esprit de contestation dans notre société d’un point de vue artistique, social, médiatique...
Au cours de cette nuit particulière il y aura des conférences, discussions, lectures, projections… Avant que la soirée ne se clôture en musique !
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Organiser un événement tel que la Nuit 68 a une répercussion particulière dans le contexte actuel. Jean Blaise, directeur du lieu unique, nous donne les motivations qui l’ont incité à programmer cette manifestation.
Pourquoi avoir choisi d’organiser cette Nuit 68 au lieu unique ?
L’idée d’organiser la Nuit 68 est venue après le discours de Sarkozy du 29 avril 2007 qui suggère de liquider mai 68. Comme si on pouvait effacer l’histoire ?! Ça m’a paru absurde : on ne peut pas décréter ça.
Ça m’étonnerait que les effets de mai 68 aient disparu. Il reste toujours des traces. Il en reste même sans doute, comme l’a dit Daniel Cohn-Bendit, dans la vie de Nicolas Sarkozy.
Il subsiste des traces profondes pour les gens de ma génération et par conséquent pour nos enfants.
Quelles sont ces traces selon vous ?
Justement, on propose cette Nuit 68 pour essayer de les identifier.
Du point de vue des mœurs, elles sont visibles : la liberté de la femme, la transformation de la famille, la libéralisation des mœurs en général…
Mais l’esprit de contestation, comment se manifeste-t-il aujourd’hui ?
C’est ce qui nous a paru important de rechercher et de comprendre.
Programmer cet événement, est-ce aussi affirmer un positionnement politique ?
Oui, c’est une façon de dire : « il ne faut pas baisser les bras ». On est dans une société et dans une phase où les foyers de contestation sont de plus en plus étouffés ; où les discours politiques font resurgir des idées qu’on croyait définitivement disparues, autour de la religion, de la liberté individuelle… Des idées où la valeur argent est très importante, alors que 68 portait justement des valeurs humaines, spirituelles... 68 remettait aussi en question la société de consommation…
Comment avez-vous vécu ces événements ?
J’avais 17 ans et je n’étais pas sur les barricades. À ce moment-là, je jouais au tennis avec des copains. En fait, je l’ai vécu après, quand j’ai commencé à m’intéresser au théâtre, à l’art… J’en ai connu les effets dans les années 70.
Je suis issu d’un milieu petit-bourgeois pas forcément très à l’avant-garde. Mon esprit de révolte – ou plutôt mon esprit critique – est venu plus tard.
C’est pour ça que je juge ces années avec un peu de recul.
Malgré tout vous définissez-vous comme un enfant de 68 ?
Totalement, avec des effets à retardement.
Même si j’ai toujours été pragmatique, j’aime bien par exemple que les choses soient efficaces. J’ai des traces de mon éducation catholique. J’attache de l’importance au travail et à l’esprit d’entreprise : comment on crée ou gère une entreprise, quelle dose d’autogestion on y introduit, quelle dose de foutoir on peut accepter.
L’ordre pour l’ordre n’a d’intérêt pour personne, ni pour ceux qui l’exercent, ni pour ceux qui le subissent.
Je pense que l’intelligence est dans l’esprit critique et pas dans le conformisme.
Il est clair que je préfèrerais passer mon week-end avec Daniel Cohn-Bendit - même si je ne suis pas d’accord avec tout ce qu’il dit - qu’avec Brice Hortefeux…
J’ai entendu quelqu’un dire que Sarkozy est un soixante-huitard raté.
Est-ce que Kouchner est un soixante-huitard raté ? Je ne sais pas.
Est-ce que Daniel Cohn-Bendit en est un ? Je trouve qu’il a plutôt bien tourné : qu’il soit chez les Verts après avoir fait 68 me paraît plutôt cohérent.
Alors qu’André Glucksmann, lui, on peut dire qu’il a mal tourné (rires).
Que représente mai 68 pour vous ?
Ce qu’il faut dire c’est que mai 68 n’a pas été un mouvement français limité au quartier latin. C’est un mouvement mondial. Ça va avec la contestation de la guerre du Vietnam aux Etats-Unis, avec les mouvements en Europe de l’est, en Tchécoslovaquie… C’est un mouvement de l’histoire extrêmement important.
Pensez-vous qu’un tel soulèvement est possible aujourd’hui ou dans les prochaines années ?
Je pense que le mouvement altermondialiste est du même ordre, n’est pas loin de porter les mêmes valeurs. Il est peut-être plus pragmatique et plus organisé justement. Il touche peut-être plus profondément l’ensemble de notre société sur le plan international. Va—t-il provoquer des explosions ? Je ne sais pas. La grande différence avec mai 68, c’est que c’était un mouvement désorganisé, spontané : une agitation de l’histoire un peu incompréhensible. Alors qu’aujourd’hui, l’organisation du mouvement altermondialiste est étonnante et puissante. On peut aussi constater qu’un des enseignements des dernières municipales c’est la poussée de l’extrême gauche qui capte les voix et les énergies des jeunes qui se révoltent contre la société. Mais est-ce que ça peut exploser ? Je n’en sais rien.
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