Shadow

Asia Argento / Philippe Pellaud / Pascal Greco

La rencontre entre les Suisses Pascal Greco – cinéaste mélomane – et Philippe Pellaud, musicien cinéphile alias Kid Chocolat, était écrite. Ensemble, ils viennent de réaliser Shadow, moyen métrage obsédant et oppressant, servi par une musique au diapason. Une œuvre qu’ils présenteront au LU en interprétant en live la bande originale et en comptant sur la présence sur scène d’une actrice, la très charismatique Asia Argento.

Comment vous êtes-vous rencontrés ?

Pascal : En 2007, lorsque je pré-montais mon film Super8, j’ai entendu Zombiparti! de Kid Chocolat à la radio. J’ai immédiatement trouvé que ça pouvait coller sur mes images. J’ai une grande affinité pour la musique et les images qui se mélangent, sans doute parce que j’ai été très impressionné par Koyaanisqatsi de Godfrey Reggio avec la bande originale de Philip Glass.

Philippe : Pascal m’a donc demandé de composer la musique de Super-8. Puis, un jour, j’ai eu l’idée d’un petit scénario. J’ai parlé à Pascal de ma volonté de travailler avec lui sur ce projet.

Quel a été le point de départ de Shadow : la bande originale, le scénario ?

Philippe : J’avais l’idée du film et pas mal d’images en tête. J’avais déjà composé plusieurs titres également. Quand je suis allé voir Pascal, je lui ai dit : “Tiens, voici le morceau qui illustrerait la première scène : j’ai envie ce que soit comme une poursuite”. Quand on a commencé à tourner, la plupart des musiques étaient finies. On a même tourné des scènes avec Asia Argento en passant la musique sur le plateau pour qu’elle s’en inspire.

Pensez-vous que la présence d’une personnalité comme Asia Argento puisse faire de l’ombre à une partie de votre travail ?

Pascal : Certainement pas ! Pour nous, c’est surtout une jolie histoire. Philippe la connaissait, moi pas… J’avais une réelle appréhension car elle a travaillé avec de grands réalisateurs, comme Gus Van Sant.

Philippe : On craignait surtout son regard sur notre travail. Elle s’engage à 100 % et on  a beaucoup appris à ses côtés. C’est elle qui nous a proposé sa fille et qui a voulu la diriger : j’ai pris une leçon de cinéma en direct ! Elle a également fait des suggestions de montage,  d’orchestration… Je suis sorti enrichi de cette collaboration. La seule volonté d’Asia Argento est de servir le projet, certainement pas de se l’approprier.

Vous prévoyez plusieurs formules pour les projections de Shadow : qu’avez-vous réservé au lieu unique ?

Philippe : Comme le LU nous donne un espace de résidence, on va jouer la musique en direct avec tous les musiciens – nous devrions être six ou sept. Pascal va remodeler le montage, Asia sera aussi sur scène pour la voix off. Cette approche live permet vraiment le partage avec le public, qui n’est plus uniquement en relation frontale avec l’écran.

Comment résumer cette expérience ?

Philippe : Un mot pourrait résumer le tournage comme le film : proximité. Nous avons travaillé en équipe très réduite, le film a une dimension claustrophobe. On voulait des symboliques, laisser la part belle à l’imagination : c’est entre autres pour cela que je voulais travailler avec Pascal.  En fait, avec Shadow, le spectateur a la possibilité d’inventer ce qu’il veut à partir de ce qui se passe à l’écran et de ce qu’il entend.

Interview réalisée par Christophe Basterra, printemps 2017.

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