Saravah revisité

Brigitte Fontaine, The Recyclers, Areski Belkacem, Arlt, Borja Flames, Marion Cousin

Fondé en 1966 par Pierre Barouh, Saravah est devenu le lieu de toutes les rencontres artistiques – Brigitte Fontaine, Art Ensemble Of Chicago, Areski, Jacques Higelin… – et un label de renommée internationale. Le temps d’un week-end dédié au “slow business” – avec concert, exposition… –, retour sur cette structure pas comme les autres, évoquée par Benjamin Barouh, fils de.  

 

En octobre 2016, vous célébriez les 50 ans de Saravah sur la scène du Trianon à Paris. Est-ce le même plateau que vous allez présenter au Lieu Unique ?

Pour fêter cet anniversaire, on ne s’est pas limité au très beau plateau de Paris, qui était une façon de faire appel aux artistes de la nouvelle scène et d’accompagner la sortie du disque 50 Ans de Saravah, illustré par Charles Berberian, avec pas mal de reprises de Brigitte Fontaine, toute première artiste du label, qui incarne d’ailleurs à la perfection son esprit. On a aussi organisé à Tokyo une exposition d’archives et de photographies, qui va être reprise à Paris en mars 2018, au 104. Finalement, cet anniversaire s’étale sur deux ans ! Pour le concert du lieu unique, la sélection des chansons se concentre plus sur les années du studio des Abbesses, véritable laboratoire de création dans les années 70, le creuset du métissage culturel et de la sono mondiale, un endroit où tout était possible ! Autour des Recyclers et de Steve Arguëlles dans le costume de chef d’orchestre, on retrouvera des artistes actuels et des figures emblématiques du label, en particulier Areski Belkacem : si Brigitte Fontaine incarne l’esprit Saravah, Areski, lui, est celui qui en incarne le son.

Un anniversaire qui dure deux ans, c’est l’esprit Saravah ?

Pendant cet anniversaire, mon père est décédé (ndlr. le 28 décembre 2016). On a donc fait évoluer cet hommage au label à un hommage à Pierre Barouh, en tentant de montrer comment il est passé d’un statut de chanteur-auteur parti pour faire une belle carrière à celui de funambule producteur expérimentateur ! France 3 vient de produire un très beau documentaire à son sujet, que je souhaite projeter au lieu unique. Pierre Barouh est un homme assez spécial, puisqu’il est à la fois connu et inconnu – c’était un choix de sa part. Ce film situe très bien l’énigme Saravah, mais surtout cet étonnant personnage, dont le curieux parcours ne doit jamais être dissocié de celui de Vinícius de Moraes, qui est vraiment son maitre à penser.

 Saravah, à l’image de son mentor, est connu et peu connu : comment convaincre un béotien de venir au lieu unique ?

Cet hommage va coïncider avec le cinquantenaire de mai 68, qui évoque la liberté d’expression lancée par les étudiants de Berkeley quelques années plus tôt. Le monde a alors tenté de démocratiser la culture, de donner la parole à des populations déconsidérées. Saravah a participé à cette révolution à la fois sociale et musicale. Je n’ai pas envie de mettre en avant le label politisé, parce que c’est beaucoup plus complexe que cela, mais je pense qu’il est important de resituer Saravah dans son époque, époque dont le message résonne encore aujourd’hui : faire un pas vers une société plus adaptée aux envies de l’homme. En fait, c’est cela, l’utopie Saravah, d’autant qu’“il y a des années où l’on a envie de ne rien faire” (slogan de la maison Saravah, ndlr).

Interview réalisée par Christophe Basterra

vous aimerez peut-être...