Devenir immobile

Rétrospective Yann Marussich

Dans le cadre du festival Trajectoires

Devenir immobile retrace 30 ans d’engagement radical du performeur Yann Marussich. Une larme bleue, le paysage des pores de la peau, les bruits des fourmis, ou encore une tension musculaire imperceptible pour éviter l’étouffement : à travers ce panorama inédit en France, Yann Marussich condamne la grandiloquence d’un activisme aveugle, et nous engage plutôt dans une insurrection politique et poétique. Son immobilité donne corps par contraste à des gestes minimes émanant de l’intérieur. Si Yann Marussich devient immobile, c’est pour mieux définir ce qui est « corps » aujourd’hui et montrer les points de vue complexes de notre société : le rapport de la chair vulnérable à la douleur et la violence, à « l’autre », qu’il soit humain, animal, végétal, machine, matériau. À travers des micromouvements amplifiés par le son, l’image ou encore la biochimie, Yann Marussich met en scène des expériences corporelles sensibles, voire violentes, dont le spectateur ne ressort pas indemne. Devenir viscéralement immobile nous incite à agir – autrement.

Commissariat : Jens Hauser

INSTALLATION & EXPOSITION
Les performances proposées sont activées selon dates et horaires indiqués ci-dessous, mais on peut en avoir une représentation en visitant l’espace où elles ont lieu et leur « décor », dans la salle d’exposition, qui se visite aux mêmes horaires que l’installation Rideau !

Rideau !
Pour Yann Marussich, les frontières sont une réalité subie. Qu’elles séparent ou protègent, leurs concepts politiques et guerriers s’imposent avec (et bien souvent sans) le consentement des peuples. Ici, un rideau d’os et de lames de rasoirs reprend cette notion de violence en posant que la frontière extérieure n’est jamais que la projection collective de nos peurs intérieures. Une métaphore de l’homme pris au milieu de ses contradictions, à la fois bourreau et victime du vivre ensemble. Son propre bourreau et sa propre victime. Pour sortir de cette conception, une seule issue: forcer les frontières. Toutes les frontières. Intérieures comme extérieures.
Du 21 au 28 janvier : 14h>19h sauf le dimanche 15h>19h. fermé le lundi. 

PERFORMANCES
(les performances sont activées selon dates et horaires indiqués, mais leur décor est visible pendant toute la durée de la rétrospective, et se visite aux mêmes horaires que l’installation Rideau)

Blanc
(2015)
Le performeur comme surface d’inscription : dans BLANC, créé pour l’espace public, un homme est habillé de blanc, debout, immobile, silencieux. À ses pieds, une pancarte pose une question. Les passants sont invités à y répondre en dessinant ou en écrivant sur le costume du performeur.
Samedi 20 janvier, 14h>19h – Entre le lieu unique et le chateau des Ducs de Bretagne

Ex-pression (2009)
Une plaque en plexiglas est accrochée comme un tableau. La matière picturale de celui-ci est le corps d’un homme nu, pressé entre la plaque et le mur. A côté, tel un cartel, une tomate est prise dans un dispositif similaire. Tout au long de la performance, le public est invité à desserrer ou à serrer les écrous maintenant les cadres comme pour en exprimer les contenus.
Dimanche 21 janvier à 17h (durée : 1h)

Bleu Remix (2007)
Bleu Remix est la suite de Bleu provisoire, performance culte créée en 2001, dans laquelle Yann Marussich laissait surgir de ses orifices (yeux, nez, bouche) et suinter de son épiderme des liquides biologiques teintés de bleu. Le son original de Bleu Provisoire est retravaillé à chaque représentation dans Bleu Remix par un nouveau musicien local (au lieu unique, ce sera Mathias Delplanque) rendant cette performance à chaque fois unique. Dans Bleu Remix, le performeur vêtu d’un slip blanc est assis sur un siège dans une cage en verre transparente. Il nous propose un nouveau voyage intime et secret à travers son corps. Grâce à ses mouvements invisibles, au regard et à sa transpiration bleue rendue visible, Yann Marussich parvient à intérioriser notre extérieur et à conscientiser notre inconscient.
Mardi 23 janvier à 20h30 (durée : 1h)

Concert – JMO & Denis Rollet
Co-fondateur de la fameuse Cave 12 de Genève, Denis Rollet crée des dispositifs à base d’assemblages électroniques souvent faits maison et de matériel hi-fi standard, qui ont la propriété d’amplifier les phénomènes auditifs et de les réduire à la source même du son : la vibration dans l’air. Ses performances live sont complexes, brutes et intenses.
Les créations de l’artiste sonore Julie Semoroz abordent la mélancolie, la poésie métaphysique, l’improvisation et tous types de détournements. Elle fonctionne sur le mode de la répétition et de l’épuisement.
Mardi 23 janvier à 22h15 

Frictions 2 – La cible (2016)
(avec Denis Rollet)
Yann Marussich et Denis Rollet poursuivent un travail commencé en 2015 sur la perception du temps en interaction avec les tensions du corps, et du son. Yann Marussich traverse une cible extrêmement lentement et prolonge ainsi l’instant d’un potentiel danger. Le son réagit aux infimes mouvements du performeur et englobe tout l’espace. Progressivement, la quasi-immobilité du corps et les vibrations sonores deviennent les amplificateurs de la tension sous-jacente.
Mercredi 24 janvier à 18h30 (durée : 1h30)

Bain Brisé (2010)
Un homme tente de s’extraire sans se blesser d’une baignoire remplie de verre brisé. Durant environ 2 heures, Yann Marussich nous plonge dans une sorte d’apnée visuelle et sensitive, de la délivrance de son corps appuyée par les sons du verre qui se brise et résonne dans l’espace. Cette performance est l’aboutissement du cycle de verre, une expérience hypnotique entre le sujet et le spectateur.
Jeudi 25 janvier à 18h (durée 2h)

Traversée (2004)
Allongé, Yann Marussich est accroché par le cou à un câble de 13m de longueur et relié à l’autre extrémité à un treuil laissé à disposition du public. Actionné, il entraîne dans sa direction le performeur par le cou en l’étranglant.
Sans instructions préalablement données, le public est confronté à lui-même et révèle ses désirs refoulés ou conscients. Avec cette performance à hauts risques, Yann Marussich éprouve les libertés individuelles d’auto-émergence au sein d’une audience.
Vendredi 26 janvier à 20h30 (durée indéterminée)

Frictions 1 – 1568 (2016)
(avec Julie Semoroz)
Allongé sur une surface composée de 1568 jacks disposés tête en haut rappelant un lit à clous, Yann Marussich transmet ses micro-mouvements, ceux du public, les moindres variations dans le circuit électrique à des capteurs. L’artiste Julie Semoroz façonne le matériau brut en une pièce sonore renouvelée à chaque performance. Il s’agit d’interroger ce qui pénètre le corps au quotidien et ce qu’il produit avec ce qui le traverse – de faire état de transformations qui ont cours à chaque instant.
Samedi 27 janvier à 21h (durée 1h)

Autoportrait dans une fourmilière (2003)
L’artiste est couché durant plusieurs heures dans une vitrine qui abrite une fourmilière. Des casques audio sont mis à disposition du spectateur, des écrans montrent des gros plans du corps de l’artiste et des fourmis, pris en direct.
La recherche sur l’immobilité repose sur le constat que toute immobilité apparente recèle une infinité de mouvements. Pourtant, l’extrême immobilité existe : il s’agit de la mort. Le danseur et performeur Yann Marussich questionne cet état ou plus précisément, l’approche de cet état. La mort serait une infime fraction temporelle qui mène d’un état à un autre et ouvre la voie à la décomposition.
Dimanche 28 janvier à 15h (durée 3h)

 

 

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