Aum Grand Ensemble & Ensemble 0

jouent Julius Eastman + Arthur Russell

L’Ensemble 0 et Aum Grand Ensemble s’associent pour une soirée dédiée à deux compositeurs new-yorkais atypiques, disparus au début des années 90 : Julius Eastman, dont la pièce Femenine sera jouée pour la première fois en France, et Arthur Russell. Le percussionniste Stéphane Garin, fondateur de l’Ensemble 0, évoque ce programme.

Julius Eastman est un compositeur encore assez méconnu. Comment l’avez-vous découvert et qu’avez-vous trouvé dans son œuvre ?

J’ai découvert Julius Eastman via le travail de Mary Jane Leach. M’intéressant de longue date à la musique américaine, j’ai croisé le travail de cette compositrice qui, par ailleurs, fait cette quête précieuse de recherche et de réhabilitation de la musique d’Eastman, compositeur mort dans l’oubli le plus total en 1990. Qu’ai-je trouvé dans son œuvre ? Ce que j’aime dans la génération des musiciens dont je fais partie et ce qu’il a incarné de son vivant, un mélange entre l’écriture et le savoir de ses inspirations passées et les courants artistiques forts de son époque. Une musique dense, intense, frôlant la frénésie, une musique sur le fil.

On ne connaît pas exactement l’instrumentarium de la pièce Femenine telle qu’elle a été jouée en 1974.

Comment avez-vous procédé pour le reconstituer ou le réinventer ?

J’ai procédé comme je le fais à mon habitude, à savoir mêler tout à la fois l’équilibre instrumental que j’imaginais mais également un équilibre d’énergies humaines créatives qui sont la réussite ou pas d’un tel projet. La musique américaine – contrairement aux courants savants européens – offre beaucoup de liberté, y compris au niveau de l’instrumentation des pièces.

Le programme met en regard cette pièce de Julius Eastman et une autre pièce atypique : Tower of Meaning d’Arthur Russell. Pourquoi ce choix ?

On ne compte plus les points communs entre ces deux personnalités fortes de la fin des années 80. Deux artistes majeurs qui sont morts l’un comme l’autre dans la pauvreté et l’indifférence les plus totales.

Ils ont l’un et l’autre navigué entre musiques savantes, avant-garde et pop… Au regard de votre parcours, entre le travail au sein de l’Ensemble 0 et de l’Ensemble Dedalus et vos nombreuses collaborations, on imagine que c’est une ouverture qui vous parle particulièrement ?

Comme dit Ryoji Ikeda (ndlr. artiste sonore et visuel japonais), nous sommes aujourd’hui de la génération “post everything”. Oui, ce type de trajectoire est semblable aux engagements que je défends depuis plus de vingt ans. Trajectoire qui s’est imposée à moi de manière naturelle encore une fois.

Avez-vous noté une évolution dans la façon dont les musiques savantes et les musiques populaires se parlent, se fréquentent, se considèrent ?

Quand j’étais au Conservatoire de Paris, j’étais un des seuls en percussions à interpréter du Boulez en journée et courir le vendredi soir aux soirées Automatic du Rex Club ou à me produire avec Pascal Comelade sur des toys instruments. Ce n’était alors pas le cas d’un étudiant lambda issu d’une école des Beaux-Arts. Aujourd’hui, les musiciens me semblent plus ouverts, plus intelligents artistiquement.

Extraits d’une interview réalisée par Vincent Théval.

Dans le cadre du festival Variations.

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